vendredi 11 janvier 2013

Bonne à marier (suite)



En janvier 2010, je racontais ici pourquoi ma grand-mère me disait que je n’étais pas bonne à marier. En ce jour un peu particulier, j’aimerais faire le bilan de ces 3 années et envoyer un message vers l’au-delà. 

Mamie,

J’aurais pu m’entrainer dur, mettre toutes ces années à profit, m’atteler quotidiennement au lustrage de l’argenterie et à l’entretien de la cheminée dans l’espoir de devenir une ménagère parfaitement épousable, mais il se trouve que je n’ai ni argenterie, ni cheminée et donc, je ne l’ai pas fait.
Par conséquent, aucun miracle ne s’est produit, mon annulaire est resté nu comme un ver, j’échoue encore systématiquement au test de la salade, et j’ai définitivement cessé de m’entrainer à répéter « oui, je le veux » devant mon miroir.
J’imagine ton désarroi, tu te dis probablement que je finirai seule, dans mes fripes mal repassées, et que toutes les laitues de ma vie auront systématiquement le goût amer de l’échec.
Mais rassure-toi Mamie, tout va bien. Le 21ème  siècle est maintenant largement entamé, l’argenterie c’est has-been, le chemisier se porte froissé, et des robots passent l’aspirateur à notre place. On se marie encore, mais pas toujours, et pas tout le monde. On s’aime quand même, enfin on s’kiffe, on s’like et on share son statut conjugal sur le web. Il y a maintenant des milliers de façons de se dire qu’on s’aime quand on a trouvé sa moitié. J’ai trouvé la mienne et on a opté pour la formule sans cérémonie, sans magret de canard et sans chenille qui redémarre. Aujourd’hui, on a conclu un pacte, pas du genre on mêle nos sangs et « croix de bois, croix de fer, si on se quitte on va en enfer ». Plutôt le genre pacte civil, un truc qui n’existait pas à ton époque, mais qui fait quand même de nous une famille.
Tu vois Mamie, le ménage c’est pas tout et la laitue on s’en fout. Le bonheur est ailleurs, et  je l’ai trouvé. J’aurais aimé que tu sois là pour voir ça, je t’aurais présenté ma tribu, notre chez-nous sans dessus-dessous, et t’aurais surkiffé mon aspirateur robot !
Aller Mamie, faut que je te laisse, c’est vendredi et je dois lustrer les cuivres.

xo xo

mardi 11 décembre 2012

Elle




Elle a les yeux du Levant qui s’étirent en amandes et scintillent comme deux soleils noirs.
Elle a de longs cils qui envoient balader l’air à chaque clignement de paupière.
Elle sourit aux anges quand elle rêve, comme si elle trimballait chaque nuit un petit bout de paradis.
Elle semble nourrir un amour intense mais sans espoir pour un lapin en peluche à qui elle déclare sa flamme tous les matins.
Elle aime que je lui chante « Le petit prince a dit » et se marre quand je me mélange les pinceaux entre le jeudi et le vendredi.  
Elle ouvre toujours un œil quand elle s’endort dans mes bras, juste histoire de s’assurer que je suis encore bien là.
Elle sourit à pleines dents, même si elle n’en a pas.
Elle fronce le sourcil, parfois, quand elle se rend compte je lui raconte n’importe quoi.
Elle ne pleure presque jamais, peut-être parce qu’elle sait que ça me tord chaque fois les tripes.
Elle est si petite que je me demande souvent comment elle peut prendre autant de place dans ma vie.
Elle est ma chair, mon sang, mon évidence, mon tout.

lundi 17 septembre 2012

Ma chrysalidation




Il a cessé de pleuvoir dans ma mémoire et je suis retour. Enfin, à un détail près : je ne suis plus vraiment la même. Après une phase de chrysalidation, j’ai complètement basculé dans l’autre camp, celui de « celles qui l’ont fait ».
Tout a commencé il y a quelques mois. Petit à petit, sans que je ne voie trop rien venir, j’ai commencé à n’être plus tout à fait moi. En février, je me suis douchée avec mes chaussettes en mohair et en juin j’ai nettoyé le carrelage de la salle de bain avec ma laque à cheveux. Quand au mois d’août, j’ai fondu en larmes devant les Feux de l’amour, je me suis dit que ma chrysalidation commençait à s’apparenter dangereusement à une lobotomisation. Mais au-delà de ces quelques fuites idéesques qui, sommes toutes, me caractérisent depuis assez longtemps, je découvrais également les embuches parsemant le long chemin de l’état larvesque vers l’éclosion. Il m’a fallu subir des épreuves qui n’existent même pas aux JO, mais croyez-moi, si ça avait été le cas, j’aurais remporté haut la main plusieurs médailles d’or, notamment celle du 12 x 15 mètres en une nuit (les 15 mètres correspondant à la distance séparant mon lit des WC). J’aurais sans doute également raflé une médaille pour avoir réussi à viser 6 ou 7 fois consécutives dans le mile, avec justesse et précision, sans jamais voir la cible, à savoir le gobelet sensé recueillir le fruit de ma vessie. Autre performance, et pas des moindres, j’ai ingéré l’équivalent calorifique de deux paquets de fraises Tagada en moins de trente secondes sans vomir sur l’infirmière missionnée pour surveiller ma glycémie veineuse. Oui, j’aurais largement mérité l’or si ces épreuves avaient existé, et j’aurais gravi avec fierté les marches du podium si mes pieds enflés ne s’étaient pas transformés en paupiettes dans mes sandales, et surtout si je n’étais pas devenue cet énorme mammifère échoué sur sa banquette.
Et puis, le 1er septembre, la chrysalidation s’est achevée par un marathon de 22 heures au terme duquel j’ai fait ce pour quoi j’ai été génétiquement programmée, ce dont je rêve depuis que j’ai déballé au pied du sapin ma toute première poupée Corolle, mais surtout ce dont je suis la plus fière: j’ai mis au monde un enfant, mon enfant : Marie-Linh.

jeudi 13 janvier 2011

Je leur dirai


Je leur dirai que je crèche quelque part, en bord de mer, que le crachin me va bien au teint, que j’ai le sourire qui me colle à la tronche, que c’est moi tout craché.

Je leur dirai que j’ai pas pu écrire, que j’étais pas là, mais que je me suis trouvé un toit, un vrai, qui me protège de la pluie et du spleen, un petit toit rien qu’à moi, qui me suit partout. Je leur dirai que j’habite dans mes voyages, et que depuis, il a cessé de pleuvoir dans mes idées, dans ma mémoire.

Je leur dirai tout ça et j’en ferai des tonnes pour qu’ils me croient. J’inventerai des monstres, des ras-de-marées et des plantes carnivores, des trucs qu’on croise quand on vadrouille, et qui font peur mais pas à moi.

Je leur promettrai de donner des nouvelles, d’écrire, de retapisser mon blog de clichés soleil. Je mettrai du bleu ciel-océan partout sur les écrans.

Je leur jurerai que je reviendrai, mais pas tout de suite. Le temps de trainer un peu en chemin, de trimballer encore mon toit et de voir du pays. Je leur expliquerai que maintenant c’est trop tôt, qu’il fait pas si beau dans mes souvenirs, que ça fuit toujours dans mes idées.

J’avouerai que je crèche pas vraiment en bord de mer, que le crachin me colle à la tronche, que j’ai le sourire en brèche. Je leur dirai que j’ai menti, que c’est moi tout craché.

dimanche 18 juillet 2010

Sur ma peau


Je rentre de vacances et j’ai des souvenirs plein la peau.
Devant le miroir, ce matin, j’ai regardé les liserés blancs du maillot et mon corps tatoué par le soleil. J’ai scruté aussi tous les petits grains de beauté qui semblent s’être multipliés pendant l’été. Je me suis dit qu’ils portaient peut-être chacun une histoire et je me suis amusée à la lire.
J’ai vu un bain de minuit sur mon avant bras, un fou rire sur ma cuisse et une soirée mambo dans le creux de mon dos. J’ai vu aussi une virée en scooter sur mon mollet, un saut de l’ange sur ma cheville et des dizaines d’autres souvenirs éparpillés sur mon corps.
Je me suis demandé si, une fois les couleurs passées, les grains resteraient. Je me suis dit que peut-être ils s’effaceraient pour laisser la place à d’autres anecdotes, d’autres éclats d’été. Mais moi je veux pas qu’ils s’en aillent, j’y tiens à mes grains, et j'aime ces souvenirs à fleur de peau.

mardi 22 juin 2010

Foot, céréales et lipogramme


L’été est arrivé, sans se presser. Se pose alors l’éternelle question, soulevée par un groupe aussi kitsch que mythique : est-ce que tu viens pour les vacances ?
Ben oui, lecteur, faut y songer à tes vacances. Si tu espérais rester chez toi pour accueillir une équipe française triomphale après un glorieux séjour sur le sol africain, il va falloir prévoir un plan B.
Si tu avais renoncé à quelques jours aux Antilles pour épargner, espérant naïvement financer un jour une retraite bien méritée, autant revoir illico tes projets.
Si tu voulais passer l’été sur M6, en tête à tête avec ta télé et Pascal-le-rockeur-céréalier, sauve-toi vite avant que sa love story tragico-champêtre n’attaque une fois pour toutes ta santé neuronale.
Alors est-ce que tu pars pour les vacances ? Oui, tu pars. Et si tu crains que, seul sur la plage sans télé, sans foot et sans rockeur-céréalier, l’ennui ne cause ta perte, je te suggère quelques saines lectures qui sauveront sans conteste ton morne séjour balnéaire:
-          Les Muses à tremplin - le numéro 7 : un florilège proso-poètique sélectionné par un lectorat aussi passionné que siphonné.
-          Nouvelliennes : quelques nouvelles, en kyrielles, puisées parmi la nouvelle vague webesque.


NB: Il n’aura peut-être pas échappé au lecteur perspicace que tu es qu’il manque une lettre à ce billet lipogrammique. Une miette est venue se nicher sous mon clavier et mon alphabet s’est retrouvé amputé (note pour moi-même: éviter le kouign amann lorsqu’on mange en trainant sur le web).
J'ai sauvé tes vacances, tu peux pas sauver mon clavier ?

dimanche 13 juin 2010

Je m'aigris


Chaque fois que je fais mes courses, je me dis que j’aurais dû faire un doctorat en microbiologie et génie alimentaire. Non pas que Monoprix réveille en moi une réelle vocation scientifique mais l’épreuve du caddie est devenue un tel supplice que j’ai parfois envie de ressusciter de lointaines connaissances physico-chimiques profondément enfouies dans les limbes de ma scolarité juste pour ne plus avoir à scotcher devant les rayons du supermarché.
Je n’ai pas le droit à l’erreur si j’en crois ce qu’en dit le gotha diétético – bien pensant. Il me faut manger sain pour lutter efficacement contre les maladies cardio-vasculaires, l'ostéoporose, l'hypertension, le cholestérol et toute une brochette de cancers dont je vous passe la liste. Alors forcément, quand je fais les courses je ressens une pression très lourde sur mes petites épaules, par ailleurs un peu trop rondouillettes pour ne pas être suspectes.
La brique de lait me cligne de l’œil du haut de son rayon. Je pense calcium, vitamine D, je me sens d’un coup toute revigorée rien qu’à l’idée de l’acheter. Je me ravise, je me souviens avoir entendu quelques bribes du néo-discours nutritionnel en vogue. Le lait de vache est un poison parait-il, et il y a dans ma brique des milliers d’enzymes toxiques tout prêts à me grignoter de l’intérieur. Adieu calcium, je t’aimais bien pourtant !
Je fuis le rayon boucherie, sous peine de réduire mon espérance de vie d’une bonne vingtaine d’années. J’opte pour le poisson et ses sacro-saints omega 3. Je saisis ma barquette de cabillaud, repense au discours de l’ONU et à la menace imminente qui pèse sur nos océans. Je me sens d’un coup écolo-mécréante et repose illico mon poisson.
Je pourrais noyer mon désarroi dans l’alcool, profiter des bienfaits des polyphénols et du verre de vin que la communauté médicale m’autorise à consommer quotidiennement. En vérité, je ne sais pas ce que sont les polyphénols mais je les imagine barboter joyeusement dans ma bouteille de Brouilly et je me réjouis en la posant dans mon caddie. Et puis je me dis qu’un verre, ça ne suffira pas à noyer mon désarroi. Il m’en faudra au moins deux ou trois, mais ce serait m’exposer à un risque cardio-vasculaire inconsidéré. Je renonce à mon Brouilly.
J’esquive le rayon chocolat, sous peine d’engager mon pronostic vital, et me dirige directement vers les fruits et légumes, aliments bénis des dieux de la nutrition. Et comme j’ai pas envie de développer de graves troubles neurologiques en imbibant mon corps de pesticides, je choisis le rayon bio. Mais mes vitamines ? Elles sont où mes vitamines ? Pas dans le bio selon une étude récente...
Alors je fais quoi moi ?
Je ramène mon caddie là où je l’ai trouvé, et en attendant de passer mon doctorat en génie alimentaire, je me nourris d’amour et d’eau fraiche. Surtout d’eau fraiche. Pas étonnant que je m'aigrisse à vue d'œil...